L’ARCHITECTURE ÉROTIQUE

 

INTRODUCTION

Ce rapport servira pour les études de ma thèse de recherche-création. Le sujet du rapport en même temps que le titre provisoire proposé est L’architecture érotique: création d’une architecture du corps-lieu. Ce sujet principal s’appuiera sur les sujets contextuels suivants: espace architectural, lieu corporel, sujet sexué et sexe modernisé. Ces quatre contextes qui montreront les formes et les genres de cette étude sont basés sur la problématique de la recherche: Une réalisation architecturale d’un corps-lieu sans l’espace architectural est-elle possible? Ainsi qu’ils sont basés sur les problématiques de la création: Est-ce qu’il est possible d’architecturer le lieu-corps par l’érotisme? Quels sont mes modes d’expression pour l’architecture érotique?

La plupart des théories en architecture se fondent sur les discours de l’espace architectural. Le caractère unique de ce projet sera relié à une recherche des formes architecturales au-delà de ces discours spatiaux étant basée sur le traitement réflexif de transposition des concepts comme méthodologie. La recherche permettra une élaboration d’une nouvelle forme architecturale. J’essayerai de l’exprimer de manière artistique, particulièrement de manière érotique puisque c’est la thématique de ma thèse. Enfin, je produirai des textes de divers genres basés sur ma recherche. De plus, dans la création, je produirai des images sous forme d’architecture fantastique, dite Paper Architecture. Le type de diffusion des images et des textes sera une exposition et une publication d’un livre.

 

ESPACE – CONTEXTE

Ce dont je veux parler est l’architecture érotique comme le lieu-corps et l’espace moderne en architecture est son premier sujet contextuel. Après la Première Guerre mondiale, l’Europe a été détruite. Ce qui a exigé de l’architecture a été une forte productivité pour la construction. Pour répondre à ce besoin, il a donc été nécessaire de privilégier une architecture rationaliste plutôt qu’expressionniste: l’architecture fonctionnaliste a été une réponse parfaite. Néanmoins, les maîtres de l’architecture rationaliste-fonctionnaliste ont recherché une dimension esthétique. Le Corbusier a proposé une architecture blanche pour représenter la pureté architecturale. Mies van der Rohe a proposé une architecture du verre pour représenter la transparence. Pur et transparent, ils ont essayé de les réaliser de manière architecturale. En revanche, il est difficile de les créer, de les exprimer et de les réaliser dans la réalité parce qu’il n’y a pas de matériaux de construction: la limite de la matérialité, c’est un problème architectural concernant la pureté et la transparence. Quand même, les grands architectes ont essayé de les représenter esthétiquement. Enfin, une représentation architecturale de leurs idées esthétiques a été rendue possible par une conceptualisation: c’était par l’espace. Cet espace conceptualisé a été bien compatible avec l’architecture rationaliste-fonctionnaliste. Premièrement, dans l’espace volumique comme étendue mesurable, on a pu mettre les fonctions rationalisées: « La maison est une machine à habiter », dit Le Corbusier (1923). Deuxièmement, par l’espace pur comme substance intelligible, on a pu représenter la transparence et la pureté: « Less is more. », dit Mies van der Rohe. À partir des années 60, cette architecture universelle a été critiquée par le brutalisme en architecture. En refusant le transparent et la pureté, le brutalisme a proposé un espace architectural dans lequel les textures de matériaux sont révélées. Dans les années 80, l’architecture phénoménologique a proposé un espace architectural conçu par la phénoménologie de Merleau-Ponty, et un espace architectural de la lieuïté conçu par l’ontologie de Heidegger. Dans les années 90, les théories féministes en architecture ont parlé de la sexualité de l’espace architectural pour critiquer l’espace asexué de l’architecture moderne. Tous ces architectes et théoriciens ont critiqué l’espace rationaliste-fonctionnaliste de l’architecture moderne et proposé des espaces alternatifs. Cependant, je parlerai d’un lieu, non pas de l’espace. Je voudrais disserter sur la lieuïté sans une médiation de la spatialité. Le lieu comme le sujet sera relevé par un appui du sujet contextuel: l’espace.

 

CORPS – CONTEXTE

Le deuxième sujet contextuel est le corps qui amène le lieu. Selon Heidegger, Le lieu s’imprègne du divin comme d’un attribut essentiel. Ce divin est, selon Genius Loci, Toward a phenomelonogy of architecture de Norberg-Schulz, l’esprit du lieu. Ces mots latins, Genius Loci signifient l’âme de terre. Il s’agit donc d’un socle du monde terrestre. La terre où habite le monde n’est pas l’univers du système abstrait, mais la base vécue de l’existence de la vie quotidienne. Ce monde-terre a été traduit par Edmund Husserl en monde vécu, par Maurice Merleau-Ponty en chair du monde et par Martin Heidegger en quadriparti. Toutes ces idées du monde ont été déclenchées par le processus de la catégorisation géométrique de Kant. Dans Du premier fondement de la différence des régions dans l’espace (1768), il a différencié la région de l’espace.  Comme l’espace, la région est intelligible, mais elle est en même temps sensible. Il s’agit de l’esprit et du corps à la fois: c’est une aire cogitative reconnue par la corporalité. On prend un exemple de l’espace cartésien. Dans cet espace, un objet se localise par les coordonnées absolues - une abscisse, une ordonnée et une cote, cependant les orientations, par exemple, le haut ou le bas, peuvent être définies par une vue qui regarde cet objet. Dans cette configuration, pour avoir les sens de haut, bas, droit et gauche, il est nécessaire de mettre un objet qui est regardé par les yeux d’un corps. Entre l’objet et le corps, on peut définir la région de Kant. Par une mise en corps dans l’espace cartésien, une région kantienne se forme. Selon moi, ce corps est celui d’homo erectus. La direction vers le haut se détermine par la tête, le bas par le pied, la gauche par la main gauche et la droite par la main droite. Devant les yeux de cet homme, un infini s’ouvre; en arrière de son dos, une chose est latente; au-dessous de ses pieds, un quelque part est touché. De ce fait, pour cette étude, je parlerai d’un infini devant les yeux, d’une chose derrière le dos et d’un quelque part sous les pieds. Edward Casey introduit, pour débuter son livre The Fate of Place: A philosophical history, une place sur laquelle les dieux antiques se mettent les pieds. Je commencerai aussi à parler d’un quelque part sous les pieds de cet humain dans l’espace infini afin d’étudier le lieu-corps par rapport à l’espace architectural.

 

SEXE – CONTEXTE

Qu’est-ce que l’humain posé dans l’infini par Kant? Elle/Il n’indique que les orientations par son corps positionné. Elle/Il ne perçoit que son corps par son esprit. Elle/ Il n’a pas de chair: il n’y aura ni sexe ni désir. C’est un existant asexué. C’est le modèle traditionnel de l’humain universel dans l’histoire de pensées occidentales. L’homme de Vitruve de Léonard de Vinci et l’homme du Modulor de Le Corbusier (1950 : voir l’image) sont les figures typiques qui représentent cet humain.  Cet homme universel n’a pas de sexe.  Cependant, les pensées féministes ont refusé ce type d’homme. Les sujets asexués n’ont jamais existé dans l’histoire: dans la réalité, ils n’étaient que les sujets masculins. Ce qui importe, dans ce discours féministe, c’est la différence sexuelle. Afin d’aborder la différence sexuelle, tout d’abord, il faut sexuer les sujets prétendus comme asexués. Au cœur de ces notions, la différence sexuelle, la sexuation et l’existence asexuée, on trouve le sexe en tant que le concept générateur : le sexe est le troisième sujet contextuel de mon architecture érotique comme lieu-corps. Luce Irigaray, philosophe, a utilisé aussi le concept du sexe de la même manière. Dans sa thèse, le sexe comme médiation entre la nature et la culture (1989), elle présente les modalités pratiques de la différence sexuelle en faisant une analyse du concept de la famille chez Hegel. Elle sexue les sujets, par exemple, l’état et la famille, et relève les différences sexuelles de chaque sujet. Par la sexuation, elle n’identifie pas seulement les sexes de chaque sujet, mais elle subjective aussi les existants qui n’étaient pas légitimes en tant que sujet sous l’esprit absolu: comme le féminin. Irigaray n’effectue pas cette subjectivation des existants non-subjectivisés dans la dimension de la culture, mais dans celle de la nature. À mon avis, ce qui lui importe n’est pas la médiation du sexe entre la culture et la nature parce que les deux n’étaient jamais du même rang dans le dualisme occidental. L’apparition de la féminité, c’est important. Comme Irigaray, je parlerai du sexe en tant que sujet contextuel pour cette étude. Ce sexe relèvera de ce qui est naturel à travers la différence sexuelle. Je subjectiverai, par le moyen du concept du sexe, les existants architecturaux qui n’ont pas été subjectivisés à cause de leurs caractères naturels. Ainsi je les sexuerai ainsi que les entités architecturales déjà sexuées dans la culture patriarcale en architecture.

 

MODERNISME – CONTEXTE

Je débuterai ma recherche-création pour l’architecture érotique comme lieu-corps par une interprétation de l’espace d’architecture de l’époque moderne. Le modernisme est le quatrième sujet contextuel. Je découvrirai les attributs du modernisme sous l’angle du sexe; je les interpréterai de manière architecturale. J’utiliserai les caractères du modernisme pour étudier la spatialité de l’architecture moderne. Depuis le 15e siècle, l’ère du commerce en Europe, le modernisme a toujours été caractérisé par le capitalisme. Le capitalisme est devenu prospère au 18e siècle grâce à la société bourgeoise. Le capitalisme est devenu le système de la société moderne. Sous le régime capitaliste, le produire était le devoir de l’homme moderne: il devait réprimer ses désirs et discipliner rationnellement son corps. Évidemment, son désir sexuel devait aussi être refoulé et son sexe ne servait qu’à la reproduction. À l’origine, l’expression du désir sexuel dans la famille était interdite sous la forme de tabou (Freud, S. 1912). En plus de ce tabou, le modernisme n’a pas permis généralement l’expression libidinale dans la société. Cela a rendu possible l’augmentation de la productivité et renforcé le patriarcat. L’interdiction sexuelle s’est généralisée, si bien que le sexe n’a été raisonnablement échangé que dans la famille du couple hétérosexuel. À part cet échange sexuel légitime, tous les autres appétits sexuels ont été considérés comme un trouble psychique par la scientia sexualis. Le désir sexuel a été séparé du sexe et expulsé de la société moderne (Foucault, M. 1976). Il n’y restait que le sexe fonctionnel. Cependant certains désirs sexuels ont survécu sous la forme de la sexualité artistique dans le territoire du fantasme, mais seulement sous la condition de la sublimation. Ce que je remarque au sujet contextuel du moderne, c’est le procédé de survie du désir sexuel sous la répression du modernisme. Ensuite, si je transpose cette recherche du modernisme à l’architecture moderne, je pourrai découvrir quelles sont les existants architecturaux réprimés par l’architecture moderne, et discerner quels sont des modalités qui permettent que certaines entités architecturales subsistent sous la domination moderniste en architecture.

 

SEXE & FANTASME - TRAITEMENT RÉFLEXIF ET ESTHÉTIQUE

« Être sexuel », selon la psychanalyse, c’est pour tout le monde. En tant que science moderne, la psychanalyse est utile pour interpréter l’architecture moderne. Particulièrement le concept du sexe en psychanalyse offre les concepts méthodologiques pour mes interprétations de la spatialité de l’architecture moderne. Cependant, je n’analyse pas l’architecture de manière psychanalytique: je transpose les sujets architecturaux dans les concepts sexuels de base. Par cette transposition, je serai capable de sexuer les entités architecturales et d’analyser leurs relations au point de vue philosophique: ce sera ma recherche. De plus, par le moyen d’une interprétation philosophique, je peux avoir une possibilité d’ouvrir un horizon vers ma création. Comment le sexe en tant que concept philosophique aide à ma création de l’architecture érotique? L’érotisme habitait dans le fantasme. Le fantasme est, selon Jean-Baptiste Brenet dans son livre Je fantasme, Averroès et l’espace potentiel, un champ interactif dans lequel apparaissent la pensée et l’imagination. Dès lors, j’essaye d’arriver au champ du fantasme sexuel, l’érotisme à travers un syncrétisme de la pensée - Scientia sexualis et de l’imagination - Ars erotica. Par rapport à la science sexuelle, le concept du sexe a été psychologisé par la psychanalyse; par rapport à la technique érotique, le concept du sexe a été subsumé sous la forme artistique en la sexualité esthétique. Prendre les sexes s’impose pour une création de ce qui est érotique: ce que je voudrais créer dans la réalité architecturale est l’architecture du lieu-corps où l’érotisme habite. Au point de vue méthodologique, je ne vois pas, pour ma recherche, l’espace architectural, le lieu, le sexe et le modernisme à travers des lunettes de la psychanalyse. En revanche, je mets les entités architecturales comme des pièces d’échecs sur l’échiquier psychanalytique. En transposant les concepts architecturaux aux notions psychanalytiques, je trouverai des caractéristiques sexuelles de chaque entité architecturale et analyserai leurs relations. Cependant les pièces d’échecs architecturales ne resteront pas seulement sur l’échiquier psychanalytique. Je les placerai dans d’autres champs comme la phénoménologie, l’esthétique, la mythologie ou l’étude du féminisme. Par ce jeu de transposition des concepts, je commencerai ma création : l’architecture érotique - une réalisation architecturale qui invite le fantasme érotique. Ceci sera l’acte d’imaginer et en même temps de désirer; une pratique synthétique de l’intellect et du corps. Ce sera une création d’un corps architectural qui incarnera un ensemble de la nature et la culture.

 

FANTASME & PAPER ARCHITECTURE - TYPE DE DIFFUSION ENVISAGÉ

Ce corps architectural pourra être réalisé comme un bâtiment, un projet architectural ou un dessin d’architecture. Pour cette thèse de recherche-création, je réaliserai l’architecture érotique à la manière de la Paper Architecture. Elle est définie comme le dessin d’architecture agissant sur la dimension de la fantaisie architecturale (Kang. 1996). Le fantasme érotique est représenté en fantasme architectural. De plus, les messages de cette représentation seront clarifiés par des textes de divers genres comme contextes. Je pense aux deux types de diffusions: une exposition et une publication.

 

 

ÉROTISME - THÉMATIQUE & ORIGINALITÉ DU PROJET

L’érotisme est lié au désir sexuel. Cependant le désir sexuel a été déplacé dans le domaine du fantasme par les lois modernistes. L’érotisme parle du corps. Cependant le corps a été discipliné uniquement pour la reproduction par les normes modernistes. L’érotisme et le modernisme sont les deux termes difficiles à associer. Malgré cela, l’érotisme se comptait au nombre du fantasme sous forme de l’imagination libidinale et de l’idée sexuelle. C’est Georges Bataille qui a mis le fantasme sexuel comme un contexte entre la nature et la culture: et il nous a convié à l’érotisme fantastique. Cet érotisme est mon sujet principal, pour ma création de l’architecture érotique. Dans son livre L’érotisme (1957), Bataille accentue la notion de transgression comme une caractéristique importante de l’érotisme. La transgression veut dire ici une violence du tabou qui est un interdit particulier chez l’humain défini par l’anthropologie. Parmi les tabous, le tabou sexuel est l’interdit de l’inceste. Une transgression de ce tabou permettra de faire apparaître un érotisme dans la réalité. Le modernisme a asexué sa culture: à vrai dire, c’était l’asexuation patriarcale. Le sexe ne restait alors que dans la famille patriarcale. En me basant sur le concept de ce sexe, j’interpréterai l’architecture moderne. Pour cette interprétation, je propose un nouvel échiquier architectural pour les concepts de sexe, de famille et de transgression, etc. Je positionnerai les sujets architecturaux comme les échecs. Dans ce champ des concepts, les sujets architecturaux seront sexués et se mettront en relation. Ce jeu de concepts sera la base de ma création de l’architecture érotique comme lieu-corps. Comme je viens de le dire, l’architecture érotique sera une architecture du lieu sans l’interprétation spatiale.  Elle sera une forme architecturale du lieu soulevé à travers le corps. Pour créer cette architecture, j’imprègnerai de l’érotisme le corps-lieu. L’érotisme comme fantasme caresserai le corps-lieu. Enfin, l’architecture du lieu-corps rencontrera la nature par le moyen de l’érotisme et relatera la culture par l’intermédiaire du sexe.  Le sexe est la base de ma recherche; l’érotisme est la source de ma création.

 

CONCLUSION

Par ce rapport, j’ai essayé de présenter les façons de travailler pour la recherche-création: Architecture érotique: vers une architecture d’un corps-lieu. Ce thème, l’architecture qui réalise le lieu-corps érotique est supportée par quatre contextes: le lieu libre de la spatialité moderne, le corps véritable par rapport à la lieuïté, le sexe lié à la naturalité et le caractère fantastique du désir concernant la modernité. La méthodologie de recherche, je l’ai présentée, par le sens figuré de l’échiquier et les échecs, la transposition entre les concepts architecturaux et les notions philosophiques, psychanalytiques, etc. Pour la méthodologie de création, mon intention est d’exprimer l’architecture érotique à la manière de la Paper Architecture qui est la forme architecturale du fantasme. Enfin, j’ai présenté mon sujet principal, l’érotisme: et son mode d’emploi pour la recherche-création architecturale.

 

BIBLIOGRAPHIE

Bataille, G. (1957). L’érotisme.

Brenet J-B. (2017). Je fantasme, Averroès et l’espace potentiel.

Casey, E. S. (1996). The fate of place: A philosophical history.

Foucault, M. (1976). Histoire de la sexualité I.

Freud, S. (1912). Totem et tabou.

Irigaray, L. (1989). Le sexe comme médiation entre la nature et la culture. Dans A. JACOB (Éd.), Encyclopédie philosophique universelle : L’univers philosophique, vol. I.

Kang, S.-J. (1996). A study of the expressional characteristics in the Paper Architecture.

Kant, E. (1768). Du premier fondement de la différence des régions dans l’espace.

Le Corbusier. (1923). Vers une architecture.

Le Corbusier. (1950). Le Modulor, essai sur une mesure harmonique à l'échelle humaine applicable universellement à l'Architecture et à la mécanique. Architecture d'aujourd'hui.

Norberg-Schulz, C. (1979). Genius Loci, Toward a phenomelonogy of architecture.